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Mort de l’étudiant Alaaeddine Abdelkader des suites d’un épuisement dû à la chaleur après son transfert de la prison de Mornaguia à l’hôpital Charles Nicolle dans le coma

5 septembre 2026 – L’étudiant universitaire Alaaeddine Abdelkader, âgé de 24 ans, est décédé après avoir été transféré de la prison civile de Mornaguia à l’hôpital Charles Nicolle dans un état comateux. Il était placé en détention préventive depuis environ quatre mois, au cours desquels il aurait été soumis à des conditions de détention difficiles, marquées par une chaleur extrême, la surpopulation carcérale et des pénuries d’eau, alors même qu’il souffrait de problèmes respiratoires et que l’administration pénitentiaire avait connaissance de son état de santé.
 
Alaaeddine était étudiant en deuxième année de master en traduction anglaise et fils unique de sa mère. Il avait été placé en détention à la suite d’une altercation avec une autre personne et était resté en détention préventive dans l’attente de l’achèvement de l’enquête et des procédures judiciaires.
 
Selon sa famille, Alaaeddine a affirmé son innocence dès le début et attendait une confrontation officielle avec l’autre partie impliquée dans l’affaire. Toutefois, cette confrontation n’a jamais eu lieu au cours des quatre mois qu’il a passés en prison ; sa détention s’est achevée par son décès, sans qu’aucun jugement n’ait été rendu sur le fond de l’affaire.

Conditions de détention difficiles et détérioration de son état de santé :

Alaaeddine souffrait de difficultés respiratoires. Bien que l’administration pénitentiaire ait eu connaissance de ses antécédents médicaux, il a été maintenu dans une cellule fortement surpeuplée pendant une période marquée par d’intenses vagues de chaleur et des pénuries d’eau au sein de l’établissement.
 
Lors de sa dernière visite, le mercredi 26 août 2026, il a parlé à sa famille de la chaleur extrême, de la surpopulation et du manque d’eau. Il souffrait également d’une éruption cutanée au niveau du cou qui l’empêchait de dormir correctement. Vers 22 heures, le jeudi 27 août, Alaaeddine a été transporté à l’hôpital Charles Nicolle dans un état comateux ; il est décédé vers 1 heure du matin le vendredi 28 août.
 
Sa famille affirme que les informations médicales qui lui ont été communiquées attribuent le décès à un épuisement dû à la chaleur, résultant d’une combinaison de températures élevées, de déshydratation et de surpopulation, aggravée par un état de santé qui nécessitait un suivi et une prise en charge plus adaptés.

La famille n’a été informée du décès que plus de trois jours plus tard :

L’affaire soulève une autre question grave concernant la manière dont la famille a été informée. Selon les proches d’Alaaeddine, l’administration de la prison de Mornaguia ne les a avertis de son décès que le lundi 31 août au matin, vers 10 h 30, soit plus de trois jours après sa mort.
 
Ce retard nécessite une explication claire, puisque le détenu se trouvait sous l’autorité de l’État. Informer immédiatement la famille lorsqu’un détenu connaît une dégradation grave de son état de santé ou décède constitue une exigence fondamentale du traitement humain des personnes détenues et du respect des liens familiaux.
 
L’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET) a rendu hommage à Alaaeddine Abdelkader, tandis que sa famille a réclamé l’ouverture d’une enquête indépendante afin de déterminer les circonstances de son décès et d’établir les responsabilités concernant ses conditions de détention, les soins médicaux qui lui ont été prodigués et le retard dans l’information de la famille.

La responsabilité de l’État à l’égard de la vie d’un prisonnier ne s’arrête pas aux portes de la prison :

L’article 1er de la loi n° 52 de 2001 relative au régime des prisons dispose que les conditions de vie en prison doivent préserver l’intégrité physique et morale du détenu et affirme son droit aux soins physiques et psychologiques. L’article 17 garantit la gratuité des soins médicaux et des médicaments, que ce soit à l’intérieur de la prison ou dans des établissements de santé lorsque cela est nécessaire. L’article 24 de la Constitution tunisienne affirme le caractère inviolable du droit à la vie, tandis que l’article 25 protège la dignité humaine et l’intégrité physique, et que l’article 36 dispose explicitement que tout détenu a droit à un traitement humain préservant sa dignité.
 
Ces obligations ne se limitent pas à fournir un traitement médical après la détérioration de l’état de santé d’un détenu. Le devoir de prise en charge comprend également la prévention des risques prévisibles, la surveillance des personnes présentant des problèmes de santé, une intervention précoce dès l’apparition de signes d’alerte, ainsi que la garantie de conditions de détention qui n’exposent pas le détenu à des dommages évitables.
 
Les Règles Nelson Mandela soulignent que les soins de santé des détenus relèvent de la responsabilité de l’État et que les personnes incarcérées doivent bénéficier d’un niveau de soins équivalent à celui disponible à l’extérieur des prisons, avec un accès garanti aux services essentiels sans discrimination. En outre, un environnement sain dans les lieux de détention englobe la qualité de l’eau, l’hygiène, la ventilation, l’éclairage et les conditions matérielles entourant le détenu.

Position de L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie :

L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie condamne la mort de l’étudiant Alaaeddine Abdelkader alors qu’il était détenu. Il considère que le décès d’un jeune homme de 24 ans, après son transfert de la prison de Mornaguia dans un état comateux, dans un contexte où sont signalés stress thermique, pénuries d’eau, surpopulation et absence de prise en compte adéquate de son état de santé, exige que les autorités responsables du système pénitentiaire rendent des comptes de manière sérieuse et directe.
 
L’Observatoire affirme que lorsqu’un État prive une personne de sa liberté, il assume l’entière responsabilité de sa sécurité et de sa vie. Un détenu ne peut choisir son lieu de résidence, ni chercher de manière autonome de l’eau, de la ventilation ou des soins médicaux, ni quitter sa cellule lorsque les températures atteignent des niveaux dangereux. Par conséquent, tout risque prévisible à l’intérieur d’une prison impose à l’administration une obligation renforcée en matière de prévention, d’intervention et de protection.
 
L’Observatoire considère que le maintien d’une personne souffrant de problèmes respiratoires dans une cellule fortement surpeuplée pendant une vague de chaleur et une pénurie d’eau constitue un manquement grave au devoir de prise en charge ; cela ne saurait être considéré comme une simple conséquence naturelle de la hausse des températures.
 
L’Observatoire dénonce également le retard de plus de trois jours dans l’information de la famille concernant son décès, estimant que cette conduite porte atteinte à la dignité du défunt et aux droits de sa famille, tout en aggravant la tragédie humaine vécue par sa mère et ses proches.
 
L’Observatoire met en garde contre toute tendance à considérer la mort d’Alaaeddine comme un cas isolé, alors que continuent d’émerger des témoignages faisant état d’une chaleur étouffante, de pénuries d’eau, de surpopulation, ainsi que d’une ventilation et d’une prise en charge médicale insuffisantes dans plusieurs établissements pénitentiaires.

L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie appelle à :

  • L’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante et transparente sur la mort d’Alaaeddine Abdelkader, couvrant les circonstances de sa détention, son état de santé ainsi que la chronologie de la dégradation de son état et de son transfert ultérieur à l’hôpital.
  • L’ouverture d’une enquête sur l’étendue des connaissances de l’administration pénitentiaire concernant ses antécédents médicaux et sur les mesures prises pour le protéger, ainsi que la détermination de la responsabilité de toute partie dont la négligence dans sa prise en charge ou son traitement médical serait établie.
  • L’ouverture d’une enquête indépendante sur les raisons du retard de plus de trois jours dans l’information de la famille concernant son décès, ainsi que la détermination des responsabilités administratives qui en découlent.
  • La publication du nombre réel de décès, de blessures et de cas médicaux graves enregistrés dans les prisons pendant la vague de chaleur, ainsi que de leurs causes et des conclusions des enquêtes menées à leur sujet.
  • L’adoption urgente d’un plan d’urgence dans l’ensemble des établissements pénitentiaires afin de faire face aux vagues de chaleur, notamment en garantissant un approvisionnement continu en eau potable, une ventilation adéquate, l’accès aux douches, la réduction de la surpopulation et un suivi médical des personnes à haut risque.
  • Le transfert des détenus souffrant de maladies respiratoires, cardiaques ou chroniques vers des structures adaptées à leur état de santé et leur transfert immédiat à l’hôpital dès l’apparition de signes d’alerte.
  • La réduction de la surpopulation carcérale par la libération des personnes pouvant être jugées en état de liberté et par l’adoption d’alternatives légales à la détention et à l’emprisonnement, notamment pour les personnes malades, âgées et appartenant à des groupes vulnérables.
  • La possibilité pour l’Instance nationale pour la prévention de la torture et les autres organismes indépendants compétents d’effectuer des visites dans les lieux de détention et de documenter, sans entrave, les conditions relatives à la température, à l’accès à l’eau et aux soins de santé.
  • Le respect des Règles Nelson Mandela et la garantie que les soins de santé ainsi que les conditions matérielles dans les prisons soient conformes à la dignité humaine et au droit à la vie.
  • La réparation du préjudice subi par la famille d’Alaaeddine et l’établissement des responsabilités pénales et administratives si l’enquête confirme l’existence d’une négligence ou d’un défaut d’intervention ayant contribué à son décès.

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Dans une démarche similaire et peut-être plus dangereuse, dans la nuit du 25 juillet 2021, le président tunisien Kais Saied a réalisé un “coup d’État constitutionnel” conformément à son interprétation personnelle de l’article 80 de la Constitution révolutionnaire de 2014, annonçant qu’il avait pris une série de mesures exceptionnelles en raison du “danger imminent” qui menace la Tunisie, sans fournir de détails ni de raisons.

Conformément à ces mesures, Saied a limogé le gouvernement et le premier ministre Hichem Mechichi qui était présent au Conseil de sécurité nationale ce soir-là au palais de Carthage, et a affirmé avoir contacté le président du Parlement Rached Ghannouchi (chef du parti Ennahdha) pour le consulter conformément à ce qui est stipulé par la constitution, une affirmation que Ghannouchi a démenti puisque l’appel était général et ne comprenait rien au sujet des mesures exceptionnelles ou d’une quelconque consultation sur la question. Le président a suspendu le Parlement, puis l’a dissous en mars 2022, et ce, simplement quelques jours après avoir admis publiquement qu’il n’avait pas les capacités légales de ce faire, en réponse à une session plénière en ligne du Parlement lors de laquelle les députés ont abrogé les décrets publiés par Monsieur Saied depuis son coup d’État.

Non seulement Saied a cherché à contourner ses pouvoirs et les articles de la Constitution, qu’il a juré de protéger devant l’Assemblée des Représentants du Peuple, mais il a également démis de ses fonctions et modifié la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature après avoir redéfini le pouvoir judiciaire comme une “fonction” plutôt que comme une autorité indépendante. Il a également remplacé les membres de l’Instance Supérieure pour l’Indépendance des Élections en vue du référendum qu’il a organisé pour voter sur une constitution qu’il a rédigée lui-même après avoir rejeté les propositions du comité de rédaction qu’il avait lui-même nommé. Des élections législatives ont ensuite été organisées en deux tours, pour lesquelles le taux de participation n’a pas dépassé 8 % du nombre total d’électeurs, la Commission électorale annonçant par la suite qu’il avait atteint 11 %, soit le taux de participation le plus faible en Tunisie et dans le monde.

Le 11 février, le régime du président Saied a lancé une campagne de protestation qui n’a pas cessé depuis, contre des dirigeants politiques, des personnalités des médias, des journalistes, des juges et des hauts fonctionnaires, pour des accusations de “complot contre la sécurité de l’État et d’acte offensant contre le président de la République”, en plus d’autres accusations qui ont été transmises au parquet militaire, ce qui amène à s’interroger sur l’implication de l’armée tunisienne dans les actions entreprises par Saied.

Les arrestations arbitraires ont été entachées de plusieurs vices de procédure, ce qui a suscité des critiques de la part d’organisations internationales et d’observatoires de premier plan dans le domaine des droits de l’homme. Les normes relatives à la durée et aux conditions de litige et de détention n’ont pas été respectées. Les poursuites et le harcèlement se sont parfois étendus aux familles des détenus, et aucune preuve, et dans de nombreux cas, aucune accusation, n’a été présentée contre eux.

En outre, les syndicats et les partis politiques continuent d’être soumis à un harcèlement et à des restrictions, constants. Monsieur Saied continue de cibler tous les “corps intermédiaires” en les accusant de “collaboration” ou de “trahison”. Les associations de la société civile ont également fait l’objet de poursuites, d’arrestations arbitraires et de privation de représentation, dans un contexte de violence croissante au sein de la société due à l’adoption par les autorités de discours et de rhétorique racistes et discriminatoires incitant aux luttes intestines et portant atteinte à la dignité humaine.

Compte tenu de ce qui précède, nous, soussignés, demandons ce qui suit :

  1. La libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques. Nous demandons également aux autorités tunisiennes de reconnaître les traités nationaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme qu’elles ont ratifiés.
  2. Nous demandons aux autorités tunisiennes de cesser de démanteler la démocratie naissante et de mettre fin aux procès et aux poursuites inéquitables contre les opposants politiques au régime et contre toute personne qui le critique.
  3. Nous appelons tous les militants et observateurs à rejoindre le mouvement national pour le rétablissement de la démocratie et la fin du régime autoritaire qui a ramené la Tunisie au despotisme, à l’injustice et aux violations des droits et des libertés.