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Mort suspecte de Salem Karmous à la prison de Messaadine – La famille signale des traces de coups sur son corps

La mort du détenu Salem Karmous à l’intérieur de la prison de Messaadine, dans le gouvernorat de Sousse, survenue seulement deux semaines après son incarcération, soulève de sérieuses interrogations quant aux circonstances de son décès. Son père, dans un témoignage recueilli par le site Nawaat, a déclaré avoir constaté des traces de coups, des ecchymoses et des marques bleuâtres sur le corps et la tête de son fils lors de la préparation de la dépouille pour l’inhumation. Il a souligné qu’avant son incarcération, son fils ne souffrait d’aucune pathologie susceptible d’expliquer une mort aussi soudaine.

Salem Karmous était un ressortissant tunisien qui vivait et travaillait en France. Il était revenu en Tunisie durant l’été 2026 afin de préparer son mariage et devait ensuite retourner en France avec son épouse. Fils unique de ses parents, sa famille préparait son mariage lorsque son retour en Tunisie s’est achevé par son incarcération, puis son décès.

D’un incident violent à une peine de prison

L’affaire initiale trouve son origine dans une altercation verbale et une échauffourée entre Salem Karmous et un autre jeune homme, qui a dégénéré en affrontement physique. Selon le récit de son père, Salem a été présenté au procureur de la République le 1er juillet 2026. Le 3 juillet, un tribunal de première instance l’a condamné à huit mois de prison, entraînant son incarcération à la prison de Messaadine.

Au cours du procès, la défense a présenté des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Salem, notamment sa résidence et son emploi en France, son mariage prochain ainsi que l’état de santé précaire de sa mère. Son avocat a également relevé que la partie lésée dans l’affaire n’avait ni assisté à l’audience ni désigné de représentant, et que le dossier ne comportait alors aucun certificat médical précisant la durée d’incapacité nécessaire à la guérison.

Lors du procès, il a été demandé à Salem s’il accepterait d’effectuer un travail d’intérêt général, mais le tribunal l’a finalement condamné à huit mois de prison. Son équipe de défense a fait appel du jugement, tandis que la famille attendait la fixation d’une audience devant la Cour d’appel, dans l’espoir de sa libération ou d’un réexamen de la peine.

Décès deux semaines après son incarcération

Selon le récit de son père, Salem avait commencé à s’adapter progressivement à la vie carcérale, notamment après avoir retrouvé plusieurs détenus qu’il connaissait. Cependant, la famille a rapidement été informée de son décès, le 19 juillet 2026, soit seulement seize jours après son incarcération et avant que la Cour d’appel ne puisse examiner son affaire.

Son décès est survenu dans une période de tension à la prison de Messaadine, alors que circulaient des informations faisant état d’un incendie et d’un mouvement de panique au sein de l’établissement — informations démenties par les autorités.

La famille affirme n’avoir reçu aucune explication suffisante de la part de l’administration pénitentiaire ou de l’hôpital concernant ce qui est arrivé à Salem dans les heures ou les jours ayant précédé son décès, ni sur l’évolution de son état avant l’annonce de sa mort.

La famille signale des traces de coups et des ecchymoses

Le témoignage du père de Salem, recueilli par le site Nawaat, revêt une importance particulière. Il a déclaré que, lors de la toilette mortuaire de son fils en vue de l’inhumation, la famille avait constaté des marques qu’elle attribuait à des coups, ainsi que des ecchymoses et des traces bleuâtres sur le corps et la tête. Le père a souligné qu’avant son incarcération, Salem ne souffrait d’aucune maladie connue susceptible d’expliquer, aux yeux de la famille, son décès soudain. Cette situation a conduit la famille à exiger que toute la vérité soit faite sur ce qu’il a subi au sein de l’établissement pénitentiaire et sur les circonstances ayant précédé sa mort.

Si le seul examen externe du corps ne permet pas de déterminer de manière concluante la cause du décès ou l’origine des blessures, il rend indispensables le rapport médico-légal, les résultats de l’autopsie et l’enquête judiciaire afin d’établir la nature des blessures, le moment où elles ont été infligées et leur éventuel lien avec le décès.

Les dernières heures de Salem

Les principales interrogations entourant cette affaire portent sur les dernières heures et les derniers jours passés par Salem Karmous à la prison de Messaadine, en particulier au cours d’une période marquée par des tensions au sein de l’établissement.

L’enquête doit déterminer où il se trouvait au moment de ces événements, s’il a été agressé ou blessé à l’intérieur de la prison et si l’administration pénitentiaire a consigné d’éventuelles blessures ou l’a soumis à un examen médical. Elle doit également établir à quel moment son état a commencé à se détériorer, les circonstances de son transfert à l’hôpital — notamment s’il était encore en vie à son arrivée —, l’autorité ou la personne ayant constaté le décès ainsi que la cause médicale initialement enregistrée.

Ces éléments revêtent une importance particulière puisque Salem est décédé alors qu’il était privé de liberté et placé sous la responsabilité directe de l’État. Celui-ci avait donc une obligation particulière de protéger sa vie et son intégrité physique et de fournir une explication claire et documentée concernant tout décès survenant en détention.

Position de L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie

L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie exprime sa profonde inquiétude concernant la mort de Salem Karmous à la prison de Messaadine peu après son incarcération. Cette inquiétude est renforcée par le témoignage de son père faisant état d’ecchymoses et de traces de blessures sur le corps, ainsi que par l’absence d’explications suffisantes fournies à la famille sur les circonstances ayant précédé son décès. L’Observatoire affirme que tout décès d’une personne en détention impose à l’État une responsabilité accrue de fournir une explication complète et documentée, dès lors que le prisonnier est placé sous son autorité directe et ne dispose pas de la liberté de choisir ses conditions de vie ni d’accéder de manière autonome aux soins médicaux et à la protection.

L’Observatoire considère en outre que la présence de traces visibles de blessures, telles que rapportées par la famille, impose l’ouverture d’une enquête judiciaire sérieuse et indépendante. Celle-ci ne doit pas se limiter à établir la cause médicale immédiate du décès, mais doit également déterminer l’origine et le moment des blessures ainsi qu’identifier les personnes qui ont été en contact avec Salem au cours de ses derniers jours.

L’Observatoire souligne la nécessité de reconstituer les dernières heures de sa vie en prison et de vérifier son éventuel lien avec les événements survenus au sein de l’établissement, son accès aux soins médicaux nécessaires, le moment de son transfert à l’hôpital et les circonstances dans lesquelles les médecins ont constaté son décès.

L’Observatoire considère que le droit de la famille à connaître la vérité n’est pas moins important que l’établissement des responsabilités pénales ou administratives, et que la rétention ou le retard dans la communication d’informations ne fait qu’accroître les soupçons entourant tout décès survenu dans un établissement pénitentiaire.

Demandes de L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie

  • L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie appelle à l’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante et transparente sur la mort de Salem Karmous au sein de la prison de Messaadine, couvrant l’ensemble des circonstances ayant précédé son décès ainsi que les événements survenus dans la prison au cours de cette période.
  • Il demande également la réalisation d’une autopsie médico-légale complète et la communication de ses résultats à la famille et à son avocat, ainsi que la détermination de la nature des ecchymoses et blessures mentionnées par son père, du moment où elles ont été occasionnées et de leur éventuel lien avec le décès.
  • L’Observatoire appelle à la conservation de l’ensemble des enregistrements des caméras de surveillance à l’intérieur de la prison, ainsi que des registres relatifs aux services de garde, aux mouvements des détenus, aux soins médicaux, du dossier médical du prisonnier et des registres de transfert des malades ou des blessés, afin de garantir qu’aucun élément susceptible de contribuer à l’enquête ne soit détruit.
  • Il demande en outre que soient recueillis les témoignages des codétenus, du personnel pénitentiaire ainsi que du personnel médical et paramédical ayant été en contact avec lui au cours de ses derniers jours, et qu’une chronologie précise de la dégradation de son état soit établie, depuis le dernier moment où il se trouvait dans un état de santé normal jusqu’à l’annonce de son décès.
  • Enfin, L’Observatoire demande que la famille reçoive des informations complètes sur les circonstances du décès, plutôt que de simples réponses verbales ou vagues, et que les responsabilités pénales et administratives soient engagées si l’enquête confirme le recours à la violence, une négligence dans la fourniture des soins médicaux ou tout manquement à l’obligation de protéger le détenu.

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Dans une démarche similaire et peut-être plus dangereuse, dans la nuit du 25 juillet 2021, le président tunisien Kais Saied a réalisé un “coup d’État constitutionnel” conformément à son interprétation personnelle de l’article 80 de la Constitution révolutionnaire de 2014, annonçant qu’il avait pris une série de mesures exceptionnelles en raison du “danger imminent” qui menace la Tunisie, sans fournir de détails ni de raisons.

Conformément à ces mesures, Saied a limogé le gouvernement et le premier ministre Hichem Mechichi qui était présent au Conseil de sécurité nationale ce soir-là au palais de Carthage, et a affirmé avoir contacté le président du Parlement Rached Ghannouchi (chef du parti Ennahdha) pour le consulter conformément à ce qui est stipulé par la constitution, une affirmation que Ghannouchi a démenti puisque l’appel était général et ne comprenait rien au sujet des mesures exceptionnelles ou d’une quelconque consultation sur la question. Le président a suspendu le Parlement, puis l’a dissous en mars 2022, et ce, simplement quelques jours après avoir admis publiquement qu’il n’avait pas les capacités légales de ce faire, en réponse à une session plénière en ligne du Parlement lors de laquelle les députés ont abrogé les décrets publiés par Monsieur Saied depuis son coup d’État.

Non seulement Saied a cherché à contourner ses pouvoirs et les articles de la Constitution, qu’il a juré de protéger devant l’Assemblée des Représentants du Peuple, mais il a également démis de ses fonctions et modifié la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature après avoir redéfini le pouvoir judiciaire comme une “fonction” plutôt que comme une autorité indépendante. Il a également remplacé les membres de l’Instance Supérieure pour l’Indépendance des Élections en vue du référendum qu’il a organisé pour voter sur une constitution qu’il a rédigée lui-même après avoir rejeté les propositions du comité de rédaction qu’il avait lui-même nommé. Des élections législatives ont ensuite été organisées en deux tours, pour lesquelles le taux de participation n’a pas dépassé 8 % du nombre total d’électeurs, la Commission électorale annonçant par la suite qu’il avait atteint 11 %, soit le taux de participation le plus faible en Tunisie et dans le monde.

Le 11 février, le régime du président Saied a lancé une campagne de protestation qui n’a pas cessé depuis, contre des dirigeants politiques, des personnalités des médias, des journalistes, des juges et des hauts fonctionnaires, pour des accusations de “complot contre la sécurité de l’État et d’acte offensant contre le président de la République”, en plus d’autres accusations qui ont été transmises au parquet militaire, ce qui amène à s’interroger sur l’implication de l’armée tunisienne dans les actions entreprises par Saied.

Les arrestations arbitraires ont été entachées de plusieurs vices de procédure, ce qui a suscité des critiques de la part d’organisations internationales et d’observatoires de premier plan dans le domaine des droits de l’homme. Les normes relatives à la durée et aux conditions de litige et de détention n’ont pas été respectées. Les poursuites et le harcèlement se sont parfois étendus aux familles des détenus, et aucune preuve, et dans de nombreux cas, aucune accusation, n’a été présentée contre eux.

En outre, les syndicats et les partis politiques continuent d’être soumis à un harcèlement et à des restrictions, constants. Monsieur Saied continue de cibler tous les “corps intermédiaires” en les accusant de “collaboration” ou de “trahison”. Les associations de la société civile ont également fait l’objet de poursuites, d’arrestations arbitraires et de privation de représentation, dans un contexte de violence croissante au sein de la société due à l’adoption par les autorités de discours et de rhétorique racistes et discriminatoires incitant aux luttes intestines et portant atteinte à la dignité humaine.

Compte tenu de ce qui précède, nous, soussignés, demandons ce qui suit :

  1. La libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques. Nous demandons également aux autorités tunisiennes de reconnaître les traités nationaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme qu’elles ont ratifiés.
  2. Nous demandons aux autorités tunisiennes de cesser de démanteler la démocratie naissante et de mettre fin aux procès et aux poursuites inéquitables contre les opposants politiques au régime et contre toute personne qui le critique.
  3. Nous appelons tous les militants et observateurs à rejoindre le mouvement national pour le rétablissement de la démocratie et la fin du régime autoritaire qui a ramené la Tunisie au despotisme, à l’injustice et aux violations des droits et des libertés.