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Mort de l’homme d’affaires franco-libanais Ali Kassem Kassab après deux mois de détention en Tunisie : sa famille demande que la vérité soit établie

15 septembre 2026 – La famille de l’ingénieur et homme d’affaires franco-libanais Ali Kassem Kassab demande l’ouverture d’une enquête indépendante et transparente afin de faire toute la lumière sur les circonstances de son arrestation, de sa détention et de son décès en Tunisie à la fin du mois d’août 2026. Kassab avait passé environ deux mois à la prison civile de Mornaguia ; sa famille insiste pour que tous les détails de l’affaire soient établis et que les responsabilités juridiques soient déterminées.

Kassab était arrivé en Tunisie en provenance de Paris pour y passer ses vacances d’été avant d’être arrêté et incarcéré. De nationalité libanaise et également détenteur de la nationalité française, marié à une Tunisienne, il avait mené une carrière professionnelle et développé des activités d’investissement dans plusieurs pays, dont la Tunisie.

Après son décès, son corps a été rapatrié au Liban pour y être inhumé. Sa famille a, quant à elle, annoncé son intention d’engager des procédures judiciaires afin de connaître les motifs de son arrestation et d’établir les faits survenus au cours de sa détention jusqu’à son décès.

La famille demande que les raisons de l’arrestation soient révélées

Dans une déclaration reçue par L’Observatoire, la famille a soulevé une série de questions concernant les véritables raisons de la privation de liberté d’Ali Kassem Kassab, le fondement juridique des mesures prises à son encontre, l’autorité responsable des décisions relatives à son arrestation, ainsi que l’existence éventuelle de mesures ou de communications antérieures.

Elle a également demandé que soit établie la chronologie complète des événements, depuis son arrivée en Tunisie et son arrestation, en passant par sa détention à la prison de Mornaguia, jusqu’à la détérioration de son état de santé et son décès. La famille a souligné que cette demande d’informations ne constitue pas une accusation préalable à l’encontre de quelque partie que ce soit, mais repose sur son droit de connaître la vérité sur ce qui s’est passé et de faire établir les responsabilités par la voie judiciaire.

Conditions dans les prisons tunisiennes : températures élevées, soif et insuffisance des soins de santé

À la suite du décès d’Ali Kassab, des témoignages communiqués à L’Observatoire ont décrit les conditions de détention difficiles qu’il aurait subies pendant la vague de chaleur qui a frappé la Tunisie. Ces témoignages interviennent dans un contexte marqué par un nombre croissant de signalements concernant la surpopulation, les pénuries d’eau, ainsi que l’insuffisance de la ventilation et des soins de santé dans plusieurs prisons tunisiennes pendant les mois d’été.

L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie avait précédemment reçu des signalements concernant plus de 22 décès de détenus au cours des mois de juillet et août 2026 ; il poursuit la vérification des circonstances de chaque cas, ses échanges avec les familles des personnes décédées et la collecte des documents pertinents.

Dans le cas d’Ali Kassem Kassab, ces circonstances nécessitent qu’une enquête examine l’approvisionnement en eau dont il disposait, la ventilation et la température dans son lieu de détention, son état de santé durant les semaines qu’il a passées en prison, les éventuelles plaintes ou demandes de soins médicaux qu’il a formulées, ainsi que le moment auquel une intervention médicale a eu lieu avant son décès.

La famille rejette tout lien avec des organisations politiques

La famille Kassab a catégoriquement rejeté les affirmations circulant au sujet d’une éventuelle affiliation d’Ali Kassem Kassab à un parti politique, une organisation ou une faction, affirmant qu’il n’était pas un militant politique et que sa vie était centrée sur sa famille, ses affaires et ses projets.

Cette position intervient après la circulation d’informations établissant un lien entre son arrestation et son inscription sur une liste américaine concernant des hommes d’affaires libanais soutenant les mouvements de résistance en Palestine et au Liban. La famille souligne que ces informations ne reflètent pas sa position. Elle a appelé les médias et les utilisateurs des réseaux sociaux à s’abstenir, en l’absence de vérification, d’attribuer à Ali Kassem Kassab des positions ou des affiliations particulières, et à éviter de transformer son affaire et son décès en sujet de controverse politique.

Plus de vingt ans dans les technologies et l’investissement

Selon les informations fournies par la famille d’Ali Kassem Kassab à L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie, sa carrière professionnelle s’est étendue sur plus de vingt ans dans les domaines de la technologie, de l’investissement, des technologies financières et de la transformation numérique.

Il a quitté le Liban à l’âge de dix-sept ans pour poursuivre ses études universitaires en France et a fondé sa première start-up à l’âge de vingt-trois ans. Ses activités professionnelles se sont ensuite développées en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique ; il a fondé et participé au développement d’entreprises et de projets spécialisés dans les logiciels, les solutions cloud, les télécommunications, les paiements numériques, les technologies financières et les technologies blockchain.

Selon sa famille, il a lancé en 2017, aux Émirats arabes unis, une importante plateforme de services de paiement reposant sur un réseau de bornes, qui a contribué à la numérisation de dizaines de services gouvernementaux et bancaires. Ses activités professionnelles se sont ensuite étendues aux investissements technologiques et à la gestion d’actifs.

La Tunisie constituait également un lieu important pour ses activités professionnelles, où il avait créé et développé des entreprises dans les secteurs de la technologie et des services numériques. Ses projets ont contribué à attirer et à employer des professionnels qualifiés dans les domaines techniques, financiers et administratifs.

Responsabilité de l’État à l’égard de la vie du détenu

Le droit international des droits humains affirme qu’une personne ne perd pas son droit à la vie, à la santé et à la dignité du seul fait qu’elle est privée de liberté. Au contraire, l’État assume une responsabilité directe quant à la satisfaction de ses besoins essentiels et à sa protection contre les risques présents dans le lieu de détention auxquels elle ne peut elle-même se soustraire. Les Règles Nelson Mandela prévoient la nécessité de fournir aux détenus de l’eau potable chaque fois qu’ils en ont besoin et de garantir des conditions adéquates en matière de ventilation, de température, d’espace et de soins de santé, ainsi qu’un accès aux traitements médicaux sans discrimination.

En outre, tout décès en détention exige l’ouverture d’une enquête rapide, effective et indépendante. Celle-ci doit notamment garantir la conservation des documents, des éléments médicaux et des dossiers concernant le détenu, ainsi que la détermination des circonstances ayant précédé son décès et des éventuelles responsabilités.

Dans le cas d’Ali Kassem Kassab, l’enquête requise ne saurait se limiter à établir la cause médicale immédiate du décès ; elle doit également porter sur les conditions de ses deux mois de détention, son état de santé, l’accès à l’eau, la ventilation et les soins médicaux, le moment où son état de santé s’est éventuellement détérioré, ainsi que la manière dont il a été pris en charge jusqu’à son décès.

Droit à la protection consulaire

Ali Kassem Kassab possédait les nationalités libanaise et française, ce qui soulève la question du respect de ses droits consulaires pendant sa détention en Tunisie.

Les règles régissant les relations consulaires exigent qu’un ressortissant étranger détenu puisse, s’il en fait la demande, communiquer avec les autorités consulaires de son pays et bénéficier de l’assistance juridique et consulaire nécessaire.

La famille demande que soient communiquées toutes les mesures prises à cet égard, ainsi que des informations sur la mesure dans laquelle les autorités libanaises et françaises ont été informées ou sont intervenues pendant sa période de détention.

Position de L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie

L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie exprime sa profonde inquiétude et condamne le décès en détention en Tunisie de l’ingénieur et homme d’affaires Ali Kassem Kassab. Il appelle à l’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante et transparente couvrant l’ensemble de la période allant de son arrestation à son décès, afin de déterminer précisément le fondement juridique de sa détention, ses conditions d’incarcération, les soins dont il a bénéficié et les causes de son décès.

L’Observatoire affirme que le décès d’une personne deux mois seulement après sa privation de liberté impose directement aux autorités de fournir l’ensemble des informations et documents relatifs à sa situation judiciaire et médicale, et d’en garantir l’accès à sa famille et à ses avocats.

L’Observatoire souligne également la nécessité d’enquêter sur des facteurs tels que la chaleur, la soif et l’insuffisance des soins de santé au sein de la prison, et de déterminer si les conditions de détention ont contribué à la détérioration de son état de santé ou à son décès.

L’Observatoire considère en outre que toute accusation de nature sécuritaire ou financière, quelle qu’en soit la nature, ne dispense pas les autorités de leur obligation de garantir la sécurité et la dignité de la personne détenue, ni de leur devoir de lui fournir les soins médicaux nécessaires, de l’eau et des conditions de détention humaines.

L’Observatoire exprime son inquiétude face au fait que le décès d’Ali Kassem Kassab survienne dans un contexte marqué par une série de décès dans les prisons tunisiennes pendant les mois d’été. Il considère que la répétition de ces décès et des témoignages faisant état de pénuries d’eau, de chaleur, de surpopulation et de soins de santé insuffisants rend nécessaire l’ouverture d’une vaste enquête nationale sur les conditions carcérales et sur la responsabilité du ministère de la Justice et de la Direction générale des prisons et de la rééducation dans la protection de la sécurité des détenus.

Enfin, L’Observatoire appelle les autorités libanaises et françaises à assurer un suivi actif de cette affaire et à soutenir la famille Kassab afin qu’elle puisse obtenir les documents judiciaires et médicaux et accéder aux conclusions des enquêtes. Il appelle parallèlement les autorités tunisiennes à coopérer pleinement afin que toute la vérité soit établie.

L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie appelle à :

  • Ouvrir une enquête judiciaire indépendante et transparente sur les circonstances de l’arrestation, de la détention et du décès d’Ali Kassem Kassab.
  • Rendre public le fondement juridique de son arrestation, les accusations portées contre lui et les décisions judiciaires rendues à son encontre, et permettre à sa famille et à ses avocats d’accéder pleinement à l’ensemble des documents relatifs à l’affaire.
  • Déterminer avec précision la cause médicale du décès et remettre à la famille le rapport médical, le rapport médico-légal ainsi que l’intégralité de son dossier médical.
  • Enquêter sur les conditions de température et de ventilation, l’approvisionnement en eau potable et l’accès aux soins de santé au sein de l’établissement où il était détenu.
  • Établir la chronologie de la détérioration de son état de santé et des mesures médicales prises pour le soigner et le transférer afin qu’il bénéficie d’une prise en charge médicale.
  • Rendre publiques les informations permettant d’établir dans quelle mesure ses droits consulaires ont été respectés et s’il a été autorisé à communiquer avec les autorités libanaises ou françaises pendant sa détention.
  • Garantir à la famille le droit de consulter l’ensemble des conclusions des enquêtes médicales et judiciaires et d’en assurer le suivi par l’intermédiaire de ses avocats.
  • Établir les responsabilités de toute personne dont la négligence, le défaut d’intervention ou les violations auraient contribué à la détérioration de son état de santé ou à son décès.
  • Ouvrir une enquête plus large sur les décès enregistrés dans les prisons pendant les mois d’été et en révéler les causes et les circonstances.
  • Réexaminer le recours excessif à la détention préventive et mettre en œuvre des alternatives à la détention lorsqu’aucune nécessité réelle ne justifie de priver une personne de sa liberté, en particulier pour les personnes malades, âgées et les groupes les plus vulnérables aux risques sanitaires.

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Dans une démarche similaire et peut-être plus dangereuse, dans la nuit du 25 juillet 2021, le président tunisien Kais Saied a réalisé un “coup d’État constitutionnel” conformément à son interprétation personnelle de l’article 80 de la Constitution révolutionnaire de 2014, annonçant qu’il avait pris une série de mesures exceptionnelles en raison du “danger imminent” qui menace la Tunisie, sans fournir de détails ni de raisons.

Conformément à ces mesures, Saied a limogé le gouvernement et le premier ministre Hichem Mechichi qui était présent au Conseil de sécurité nationale ce soir-là au palais de Carthage, et a affirmé avoir contacté le président du Parlement Rached Ghannouchi (chef du parti Ennahdha) pour le consulter conformément à ce qui est stipulé par la constitution, une affirmation que Ghannouchi a démenti puisque l’appel était général et ne comprenait rien au sujet des mesures exceptionnelles ou d’une quelconque consultation sur la question. Le président a suspendu le Parlement, puis l’a dissous en mars 2022, et ce, simplement quelques jours après avoir admis publiquement qu’il n’avait pas les capacités légales de ce faire, en réponse à une session plénière en ligne du Parlement lors de laquelle les députés ont abrogé les décrets publiés par Monsieur Saied depuis son coup d’État.

Non seulement Saied a cherché à contourner ses pouvoirs et les articles de la Constitution, qu’il a juré de protéger devant l’Assemblée des Représentants du Peuple, mais il a également démis de ses fonctions et modifié la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature après avoir redéfini le pouvoir judiciaire comme une “fonction” plutôt que comme une autorité indépendante. Il a également remplacé les membres de l’Instance Supérieure pour l’Indépendance des Élections en vue du référendum qu’il a organisé pour voter sur une constitution qu’il a rédigée lui-même après avoir rejeté les propositions du comité de rédaction qu’il avait lui-même nommé. Des élections législatives ont ensuite été organisées en deux tours, pour lesquelles le taux de participation n’a pas dépassé 8 % du nombre total d’électeurs, la Commission électorale annonçant par la suite qu’il avait atteint 11 %, soit le taux de participation le plus faible en Tunisie et dans le monde.

Le 11 février, le régime du président Saied a lancé une campagne de protestation qui n’a pas cessé depuis, contre des dirigeants politiques, des personnalités des médias, des journalistes, des juges et des hauts fonctionnaires, pour des accusations de “complot contre la sécurité de l’État et d’acte offensant contre le président de la République”, en plus d’autres accusations qui ont été transmises au parquet militaire, ce qui amène à s’interroger sur l’implication de l’armée tunisienne dans les actions entreprises par Saied.

Les arrestations arbitraires ont été entachées de plusieurs vices de procédure, ce qui a suscité des critiques de la part d’organisations internationales et d’observatoires de premier plan dans le domaine des droits de l’homme. Les normes relatives à la durée et aux conditions de litige et de détention n’ont pas été respectées. Les poursuites et le harcèlement se sont parfois étendus aux familles des détenus, et aucune preuve, et dans de nombreux cas, aucune accusation, n’a été présentée contre eux.

En outre, les syndicats et les partis politiques continuent d’être soumis à un harcèlement et à des restrictions, constants. Monsieur Saied continue de cibler tous les “corps intermédiaires” en les accusant de “collaboration” ou de “trahison”. Les associations de la société civile ont également fait l’objet de poursuites, d’arrestations arbitraires et de privation de représentation, dans un contexte de violence croissante au sein de la société due à l’adoption par les autorités de discours et de rhétorique racistes et discriminatoires incitant aux luttes intestines et portant atteinte à la dignité humaine.

Compte tenu de ce qui précède, nous, soussignés, demandons ce qui suit :

  1. La libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques. Nous demandons également aux autorités tunisiennes de reconnaître les traités nationaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme qu’elles ont ratifiés.
  2. Nous demandons aux autorités tunisiennes de cesser de démanteler la démocratie naissante et de mettre fin aux procès et aux poursuites inéquitables contre les opposants politiques au régime et contre toute personne qui le critique.
  3. Nous appelons tous les militants et observateurs à rejoindre le mouvement national pour le rétablissement de la démocratie et la fin du régime autoritaire qui a ramené la Tunisie au despotisme, à l’injustice et aux violations des droits et des libertés.