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À l’occasion de la Journée nationale de la femme : des Tunisiennes derrière les barreaux ou poursuivies en justice pour leurs opinions et leur engagement

13 août 2026 – La Journée nationale de la femme tunisienne intervient cette année alors que des Tunisiennes croupissent en prison ou font l’objet de condamnations et de poursuites judiciaires en raison de leurs opinions, de leurs prises de position et de leurs activités, qu’elles soient politiques, liées aux droits humains, médiatiques ou relevant de la société civile. Cette situation contraste fortement avec la portée historique et symbolique du 13 août en matière de droits des femmes, de libertés et de participation à la vie publique.

L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie considère que la célébration des acquis des femmes ne peut être dissociée de la réalité des libertés dont elles jouissent aujourd’hui, au premier rang desquelles figurent la liberté d’expression, le droit à la participation politique et le droit de s’engager dans la défense des droits humains et dans la société civile sans craindre l’emprisonnement, les poursuites judiciaires ou les représailles.

Plusieurs femmes de premier plan, issues de différents courants politiques et engagées dans la défense des droits humains, sont actuellement emprisonnées, parmi lesquelles Chaima Issa, Abir Moussi, Siwar Bargaoui, Olfa Hamdi, Saadia Mosbah et Boutheina Ben Yaghlane. Bien que la nature des affaires, les procédures judiciaires et les jugements rendus diffèrent d’un cas à l’autre, toutes ces affaires s’inscrivent dans un contexte d’élargissement des poursuites visant les figures de l’opposition et les acteurs de la vie publique au cours des dernières années.

D’autres Tunisiennes font également l’objet de condamnations, de poursuites ou de procédures judiciaires, notamment Meriem Sassi, Sonia Dahmani, Sihem Bensedrine, Chadha Haj Mbarek, Cherifa Riahi, Imen Ouardani, Salwa Grissa, Dalila Ben Mbarek Msaddek, Islam Hamza et Monia Arfaoui. Ces poursuites se sont également étendues à des Tunisiennes résidant à l’étranger, telles que Bochra Belhaj Hmida, Nadia Akacha, Khaoula Boukrim, ainsi que Soumaya et Tasnim Ghannouchi. L’Observatoire souligne que cette liste n’est pas exhaustive : d’autres femmes ont fait l’objet d’arrestations ou de procédures judiciaires sans que leurs noms aient été rendus publics ou que leurs affaires aient bénéficié d’une attention médiatique ou de la société civile, ce qui indique que l’ampleur de ce ciblage dépasse les seuls cas connus du public.

L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie affirme que la diversité des appartenances politiques et idéologiques de ces femmes ne change en rien les principes fondamentaux des droits humains, qui doivent s’appliquer à toutes sans distinction. L’emprisonnement, les poursuites judiciaires et le harcèlement ne doivent pas être transformés en instruments destinés à punir les femmes pour leurs opinions et leurs prises de position ou à les exclure de la vie publique ; de même, les activités politiques, de défense des droits humains, journalistiques ou civiques exercées pacifiquement ne doivent pas devenir des motifs d’intimidation et de représailles.

À l’occasion du 13 août, L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie appelle à la libération de toutes les femmes emprisonnées en raison de leurs opinions ou de leurs activités politiques, de défense des droits humains et civiques exercées pacifiquement. Il demande qu’il soit mis fin aux poursuites à caractère politique ou liées à l’exercice de la liberté d’expression, que cessent le harcèlement et l’intimidation visant les militantes, les journalistes, les avocates et les défenseures des droits humains, et que soient garantis l’indépendance de la justice ainsi que le droit à un procès équitable dans toutes les affaires.

L’Observatoire souligne que les acquis des femmes ne se mesurent pas uniquement à l’aune des textes juridiques et des célébrations officielles, mais aussi et surtout à la mesure dans laquelle les femmes jouissent réellement de la liberté, de la dignité, du droit d’avoir des opinions divergentes et de participer aux affaires publiques.

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Dans une démarche similaire et peut-être plus dangereuse, dans la nuit du 25 juillet 2021, le président tunisien Kais Saied a réalisé un “coup d’État constitutionnel” conformément à son interprétation personnelle de l’article 80 de la Constitution révolutionnaire de 2014, annonçant qu’il avait pris une série de mesures exceptionnelles en raison du “danger imminent” qui menace la Tunisie, sans fournir de détails ni de raisons.

Conformément à ces mesures, Saied a limogé le gouvernement et le premier ministre Hichem Mechichi qui était présent au Conseil de sécurité nationale ce soir-là au palais de Carthage, et a affirmé avoir contacté le président du Parlement Rached Ghannouchi (chef du parti Ennahdha) pour le consulter conformément à ce qui est stipulé par la constitution, une affirmation que Ghannouchi a démenti puisque l’appel était général et ne comprenait rien au sujet des mesures exceptionnelles ou d’une quelconque consultation sur la question. Le président a suspendu le Parlement, puis l’a dissous en mars 2022, et ce, simplement quelques jours après avoir admis publiquement qu’il n’avait pas les capacités légales de ce faire, en réponse à une session plénière en ligne du Parlement lors de laquelle les députés ont abrogé les décrets publiés par Monsieur Saied depuis son coup d’État.

Non seulement Saied a cherché à contourner ses pouvoirs et les articles de la Constitution, qu’il a juré de protéger devant l’Assemblée des Représentants du Peuple, mais il a également démis de ses fonctions et modifié la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature après avoir redéfini le pouvoir judiciaire comme une “fonction” plutôt que comme une autorité indépendante. Il a également remplacé les membres de l’Instance Supérieure pour l’Indépendance des Élections en vue du référendum qu’il a organisé pour voter sur une constitution qu’il a rédigée lui-même après avoir rejeté les propositions du comité de rédaction qu’il avait lui-même nommé. Des élections législatives ont ensuite été organisées en deux tours, pour lesquelles le taux de participation n’a pas dépassé 8 % du nombre total d’électeurs, la Commission électorale annonçant par la suite qu’il avait atteint 11 %, soit le taux de participation le plus faible en Tunisie et dans le monde.

Le 11 février, le régime du président Saied a lancé une campagne de protestation qui n’a pas cessé depuis, contre des dirigeants politiques, des personnalités des médias, des journalistes, des juges et des hauts fonctionnaires, pour des accusations de “complot contre la sécurité de l’État et d’acte offensant contre le président de la République”, en plus d’autres accusations qui ont été transmises au parquet militaire, ce qui amène à s’interroger sur l’implication de l’armée tunisienne dans les actions entreprises par Saied.

Les arrestations arbitraires ont été entachées de plusieurs vices de procédure, ce qui a suscité des critiques de la part d’organisations internationales et d’observatoires de premier plan dans le domaine des droits de l’homme. Les normes relatives à la durée et aux conditions de litige et de détention n’ont pas été respectées. Les poursuites et le harcèlement se sont parfois étendus aux familles des détenus, et aucune preuve, et dans de nombreux cas, aucune accusation, n’a été présentée contre eux.

En outre, les syndicats et les partis politiques continuent d’être soumis à un harcèlement et à des restrictions, constants. Monsieur Saied continue de cibler tous les “corps intermédiaires” en les accusant de “collaboration” ou de “trahison”. Les associations de la société civile ont également fait l’objet de poursuites, d’arrestations arbitraires et de privation de représentation, dans un contexte de violence croissante au sein de la société due à l’adoption par les autorités de discours et de rhétorique racistes et discriminatoires incitant aux luttes intestines et portant atteinte à la dignité humaine.

Compte tenu de ce qui précède, nous, soussignés, demandons ce qui suit :

  1. La libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques. Nous demandons également aux autorités tunisiennes de reconnaître les traités nationaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme qu’elles ont ratifiés.
  2. Nous demandons aux autorités tunisiennes de cesser de démanteler la démocratie naissante et de mettre fin aux procès et aux poursuites inéquitables contre les opposants politiques au régime et contre toute personne qui le critique.
  3. Nous appelons tous les militants et observateurs à rejoindre le mouvement national pour le rétablissement de la démocratie et la fin du régime autoritaire qui a ramené la Tunisie au despotisme, à l’injustice et aux violations des droits et des libertés.