4 juillet 2025 – La Chambre Criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière auprès de la Cour d’Appel de Tunis a condamné, dans la soirée du jeudi 3 juillet 2025, l’homme d’affaires Chafik Jarraya à 16 ans de prison, dans le cadre de quatre affaires liées à des contrats de vente de biens confisqués.
Ce jugement intervient après que la Cour de Cassation a renvoyé les quatre dossiers en appel, suite à l’annulation d’un précédent verdict qui avait imposé la même peine mais en regroupant les peines. Cette fois-ci, la cour a décidé de traiter les affaires séparément et de ne pas combiner les peines, doublant ainsi la peine prononcée contre Jarraya et les autres accusés, dont un ancien fonctionnaire municipal.
Contexte de l’affaire :
Chafik Jarraya est incarcéré depuis 2017, accusé de corruption financière et politique. Il ne figurait pas parmi les personnes arrêtées lors de la vague de répression lancée par le président Kaïs Saïed en 2023 contre des dizaines d’opposants et d’hommes d’affaires. Toutefois, le régime actuel a réactivé l’affaire Jarraya après l’arrestation de Kamel Ltaief, tentant de l’intégrer de force dans ce qu’on appelle l’« affaire du complot contre la sûreté de l’État », en l’utilisant comme témoin anonyme dans un scénario politique visant à fabriquer des accusations contre des figures de l’opposition.
Ces pratiques ont suscité de vives condamnations dans les milieux des droits humains et juridiques, notamment après des fuites faisant état de pressions exercées sur Jarraya pour qu’il fournisse de faux témoignages.
L’Observatoire pour la liberté en Tunisie appelle à :
- Respecter le principe de l’unité des faits judiciaires, et à ne pas exploiter la justice pour gonfler artificiellement les peines ou fragmenter les dossiers à des fins politiques ou de représailles ;
- Garantir le droit à un procès équitable pour l’homme d’affaires Chafik Jarraya, sans instrumentalisation politique ni pressions extérieures ;
- Mettre fin à l’usage des prisons comme outils de règlement politique et cesser d’utiliser les détenus comme témoins contraints dans des affaires à caractère politique ;
- Ouvrir une enquête indépendante sur les témoignages mensongers et les pressions subies par Jarraya dans le cadre de son implication dans l’affaire dite du « complot » ;
- Appeler la justice à respecter son indépendance et à ne pas participer à un nouveau système de répression ciblant les opposants politiques.