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Ben Mbarek poursuit sa grève de la faim brutale, rejoint par Ghannouchi et Chebbi

8 novembre 2025
 
La vague de grèves de la faim entamée à la fin du mois d’octobre, initiée par le professeur de droit constitutionnel Jawhar Ben Mbarek, détenu dans le cadre de l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État », se poursuit dans plusieurs prisons tunisiennes.
 
Ces derniers jours, plusieurs figures politiques de premier plan ont rejoint le mouvement, notamment Rached Ghannouchi (84 ans), président du parti Ennahdha, et Issam Chebbi, secrétaire général du Parti Républicain, ainsi qu’un certain nombre d’activistes et de membres de la famille de Ben Mbarek, qui ont annoncé une grève de la faim solidaire à l’extérieur des prisons.
 
Selon leurs équipes de défense, Ghannouchi et Chebbi ont entamé une grève de la faim illimitée les 7 et 8 novembre, respectivement, pour protester contre la politisation de la justice et leur détention prolongée sans procès équitable.
 
Parallèlement, des sources médicales pénitentiaires rapportent une détérioration alarmante de l’état de santé de Jawhar Ben Mbarek, après plus de dix jours de refus total de nourriture, d’eau et de médicaments. Il serait désormais incapable de se déplacer à l’intérieur de la prison de Belli (gouvernorat de Nabeul).
 
Cette vague collective de grèves de la faim a ravivé l’attention sur l’état des libertés publiques dans les prisons tunisiennes et sur le nombre croissant de détenus politiques recourant à ce moyen de protestation. Des organisations internationales telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch ont qualifié ces procès en cours de politiques, dénonçant l’absence de garanties fondamentales et leur utilisation comme instrument d’élimination des opposants.
 
L’extension du mouvement de grève de la faim à l’extérieur des prisons, avec la participation de familles de détenus et d’acteurs de la société civile, reflète une frustration grandissante face à l’enlisement du processus judiciaire et la transformation de cette grève en symbole de la lutte pour la liberté et la justice.

Contexte

Jawhar Ben Mbarek, Rached Ghannouchi et Issam Chebbi sont jugés dans les affaires dites du « Complot contre la sûreté de l’État 1 et 2 », remontant à février 2023, lorsque les autorités ont lancé une vague d’arrestations visant des politiciens, avocats, journalistes et syndicalistes, sous les accusations d’« atteinte à l’ordre public » et de « complot avec des entités étrangères ».
 
En avril 2025, la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a prononcé de lourdes condamnations contre plusieurs accusés, allant jusqu’à 66 ans de prison, visant plus de 40 personnes, dont une peine de 18 ans contre Jawhar Ben Mbarek.
 
Les organisations internationales de défense des droits humains ont dénoncé une affaire purement politique, dépourvue des garanties les plus élémentaires d’un procès équitable et fondée sur des accusations vagues sans preuves concrètes.
 
L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie demande :
  • Des examens médicaux urgents et indépendants pour les grévistes de la faim, ainsi qu’une surveillance médicale continue au sein des établissements pénitentiaires ;
  • Une enquête judiciaire indépendante sur les conditions de détention et de traitement dans les prisons, notamment à Belli et Mornaguia ;
  • La libération immédiate de toutes les personnes détenues pour des motifs politiques et le respect du droit à un procès équitable ;
  • La fin de la politique de négligence médicale et de la privation alimentaire utilisée comme moyen de pression ou de punition contre les prisonniers politiques, conformément aux normes internationales relatives au traitement des détenus.

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L’Observatoire pour la Liberté en Tunisie suit avec une profonde inquiétude la dégradation de l’état de santé de Said Ferjani, ancien député et dirigeant politique détenu, ainsi que celle du professeur Jawhar Ben Mbarek, militant des droits humains et universitaire, tous deux en grève de la faim pour protester contre ce qu’ils considèrent comme des procédures judiciaires arbitraires et des conditions de détention inéquitables.

Agissez et contribuez à mettre fin à l'injustice !

Pétition en ligne : Liberté pour les prisonniers d’opinion et les militants en Tunisie !

La Tunisie n’est plus l’exception arabe qui a inspiré le monde en 2011 avec une révolution héroïque qui a renversé le pouvoir de Zine El Abidine Ben Ali, qui a régné pendant près de 23 ans après avoir pris le pouvoir le 7 novembre 1987, lors d’un coup d’État contre Habib Bourguiba.

Dans une démarche similaire et peut-être plus dangereuse, dans la nuit du 25 juillet 2021, le président tunisien Kais Saied a réalisé un “coup d’État constitutionnel” conformément à son interprétation personnelle de l’article 80 de la Constitution révolutionnaire de 2014, annonçant qu’il avait pris une série de mesures exceptionnelles en raison du “danger imminent” qui menace la Tunisie, sans fournir de détails ni de raisons.

Conformément à ces mesures, Saied a limogé le gouvernement et le premier ministre Hichem Mechichi qui était présent au Conseil de sécurité nationale ce soir-là au palais de Carthage, et a affirmé avoir contacté le président du Parlement Rached Ghannouchi (chef du parti Ennahdha) pour le consulter conformément à ce qui est stipulé par la constitution, une affirmation que Ghannouchi a démenti puisque l’appel était général et ne comprenait rien au sujet des mesures exceptionnelles ou d’une quelconque consultation sur la question. Le président a suspendu le Parlement, puis l’a dissous en mars 2022, et ce, simplement quelques jours après avoir admis publiquement qu’il n’avait pas les capacités légales de ce faire, en réponse à une session plénière en ligne du Parlement lors de laquelle les députés ont abrogé les décrets publiés par Monsieur Saied depuis son coup d’État.

Non seulement Saied a cherché à contourner ses pouvoirs et les articles de la Constitution, qu’il a juré de protéger devant l’Assemblée des Représentants du Peuple, mais il a également démis de ses fonctions et modifié la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature après avoir redéfini le pouvoir judiciaire comme une “fonction” plutôt que comme une autorité indépendante. Il a également remplacé les membres de l’Instance Supérieure pour l’Indépendance des Élections en vue du référendum qu’il a organisé pour voter sur une constitution qu’il a rédigée lui-même après avoir rejeté les propositions du comité de rédaction qu’il avait lui-même nommé. Des élections législatives ont ensuite été organisées en deux tours, pour lesquelles le taux de participation n’a pas dépassé 8 % du nombre total d’électeurs, la Commission électorale annonçant par la suite qu’il avait atteint 11 %, soit le taux de participation le plus faible en Tunisie et dans le monde.

Le 11 février, le régime du président Saied a lancé une campagne de protestation qui n’a pas cessé depuis, contre des dirigeants politiques, des personnalités des médias, des journalistes, des juges et des hauts fonctionnaires, pour des accusations de “complot contre la sécurité de l’État et d’acte offensant contre le président de la République”, en plus d’autres accusations qui ont été transmises au parquet militaire, ce qui amène à s’interroger sur l’implication de l’armée tunisienne dans les actions entreprises par Saied.

Les arrestations arbitraires ont été entachées de plusieurs vices de procédure, ce qui a suscité des critiques de la part d’organisations internationales et d’observatoires de premier plan dans le domaine des droits de l’homme. Les normes relatives à la durée et aux conditions de litige et de détention n’ont pas été respectées. Les poursuites et le harcèlement se sont parfois étendus aux familles des détenus, et aucune preuve, et dans de nombreux cas, aucune accusation, n’a été présentée contre eux.

En outre, les syndicats et les partis politiques continuent d’être soumis à un harcèlement et à des restrictions, constants. Monsieur Saied continue de cibler tous les “corps intermédiaires” en les accusant de “collaboration” ou de “trahison”. Les associations de la société civile ont également fait l’objet de poursuites, d’arrestations arbitraires et de privation de représentation, dans un contexte de violence croissante au sein de la société due à l’adoption par les autorités de discours et de rhétorique racistes et discriminatoires incitant aux luttes intestines et portant atteinte à la dignité humaine.

Compte tenu de ce qui précède, nous, soussignés, demandons ce qui suit :

  1. La libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques. Nous demandons également aux autorités tunisiennes de reconnaître les traités nationaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme qu’elles ont ratifiés.
  2. Nous demandons aux autorités tunisiennes de cesser de démanteler la démocratie naissante et de mettre fin aux procès et aux poursuites inéquitables contre les opposants politiques au régime et contre toute personne qui le critique.
  3. Nous appelons tous les militants et observateurs à rejoindre le mouvement national pour le rétablissement de la démocratie et la fin du régime autoritaire qui a ramené la Tunisie au despotisme, à l’injustice et aux violations des droits et des libertés.